Xendako Ziloa (le trou du sentier. Prononcer Cendaquo Chiloua) nous a donc réservé de sacrées bonnes surprises depuis le Camp d’été Amalgame.

Ça a commencé par une chasse fructueuse au courant d’air que l’on perdait en haut du P81.

Un repérage à l’automne dernier nous confirme l’existence d’une lucarne par laquelle le courant d’air s’échappe.

La vire les pieds sur des prises traitresses en chailles plus ou moins solides est vite équipée et nous dépose sur la lèvre d’un puits énorme absolument cylindrique. Marc n’en atteindra pas le fond par manque de corde mais profitera d’une descente en première exceptionnelle au milieu de pendeloques de calcite géantes.

Le lendemain nous atteindrons le fond de ce puits dont la base est commune avec celle du P81. Perdu…

La topo est réalisée dans la foulée et en tête de puits je fais une visée vers le haut qui donne 33 mètres. Nous sommes en fait dans un tube parfait de 15 m de diamètre sur 105 m de haut, ça sera le puits « Tubular Bells » par rapport à sa morphologie et à son acoustique.

Au départ du Y, un plancher stalagmitique semble s’être effondré dans le grand puits mais on dirait qu’il se poursuit au-delà de celui-ci, vers une lucarne étroite.

La suite est bien là, et quelle suite !

On jurerait avoir changé de gouffre : Fini les grandes verticales et le calcaire hyper lisse , les lignes fuyantes. Ici tout n’est que douceur avec un méandre « gentil » (on n’est plus habitués à Amalgame), des petits puits sympa avec des parois très concrétionnées. Des érosions spectaculaires (lapiaz de voûte, lames d’érosion acérées) Bref que du bonheur !

Une première salle (La SallaMax) est atteinte vers -150 et marque un changement de direction. Trois départs seront à explorer. Les points topos sont bien matérialisés mais pour l’heure, nous allons au plus évident.

Le méandre se poursuit toujours aussi sympa. Les parois sont recouvertes d’un fin limon et ça ne sera pas bon pour le matos ! Les cordes commencent d’ailleurs à filer salement…

Un P25 suivi immédiatement d’un P56 marque une section plus verticale du gouffre. Au-delà, le méandre prend une nouvelle direction plein Est et est pratiquement plat… Il semblerait qu’on ait à nouveau perdu une grande partie du courant d’air.

L’exploration est arrêtée sur une étroiture ponctuelle dans le méandre devenu très « mondmilcheux » à la profondeur topographiée de -261.

La suite est à mi puits de 56 m  où une lucarne gigantesque laisse entrevoir un vide conséquent.

L’exploration nous offrira la découverte de deux vastes salles très esthétiques séparées par un puits de 40 mètres dont le fond n’a pas été atteint. Au fond de celui-ci un large méandre semble se diriger plein Est.

Au bout des deux salles orientées NO, une lucarne vers une autre galerie nous nargue également, ça sera pour la prochaine explo.

Ce point extrême est situé au-dessus de l’affluent du Maria Dolorès. Il reste encore 150 m à descendre pour effectuer une jonction qui n’a jamais été aussi évidente…

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Tout comme précédemment avec la sima Miguel GARIBAL, un autre chantier phénoménal comme savent en envisager ces tarés d’Amalgamés,  voici l’historique (Amalgamesque) de l’explo à Xendako Ziloa.

Là aussi une très longue histoire d’obstination à toute épreuve. L’histoire de mineurs qui sont (enfin) arrivés dans un vrai gouffre, et comment !

Pas moins de 27 descentes dans cette cavité de Mai 2017 à Août 2020). 34 Amalgamés qui se sont relayés pour bâtir des murets, tirer des seaux pleins de caillasses sur plusieurs dizaines de mètres, creuser, élargir « confort », et enfin …

explorer.

Des moments forts comme le premier cran de descente au milieu de chailles énormes (4ème sortie). Marc descendra la verticale en escalade sur des chailles improbables assuré par… la corde servant à tirer les seaux de gravats ! , la découverte des grands puits et leur explo jubilatoire jusqu’à -200 (10ème sortie), explo des puits // et de la géode (13ème sortie), découverte du grand puits « Tubular Bells » (17ème sortie), et enfin explo du méandre de rève qui nous occupe actuellement (18ème à 27 ème sorties).

Des spéléos très assidus comme Alain (14 descentes), Marc et Mickey (11 descentes), Le beau’f (8), Papou (7), Serge Gus et Marie Claude (5) etc… Bref un très beau travail d’équipe comme on sait faire à Amalgame.

Pour une efficacité maximum, la topo est faite en // des explos ce qui nous permet de savoir où on en est en temps réel par rapport à d’éventuelles jonctions (Maria Dolorès amont, galerie Ultime au porche des Zobstinés, Chipi Josétéko Leize Handia).

Véro raconte l’expé à Xendako Ziloa :

Allez, go go go pour xendako ….combien de copains ont creusé ce trou ? ont abandonné puis recommencé à y croire; Certains se sont acharnés …grand bien leur à pris , ça a finit pas payer .

Un coucou à Papou qui aurait bien aimé être des nôtres et le mot est faible …

C’est en arrivant par Ligolette sous le brouillard qui finit par se dissiper que commence la journée: un temps de PSM .

L’entrée du puits est sèche , comme le reste du trou . Arrivés en bas du puits des 7.0 + (p56) nous continuons jusqu’au bout du méandre mondmilcheux et le déséquipons au retour jusqu’à revenir au niveau du « garde meubles » ou nous stockons 3 kits cordes et amarrages .

De là commence l’exploration du « garde meubles » . Juste avant la fin du P56, en faisant un petit balancier il y a une ouverture avec un P 4 qui semble bien avancer vers la grande salle, je continue, ça remonte dans un éboulis que l’on peut remonter en oppo entre les 2 parois (tant que c’est sec).

Je me retrouve au milieu du garde meubles à faire coucou à Dom et Mickey qui sont restés dans le p56 pour avoir un meilleur visuel . Bingo les copains arrivent .

Visu dans la salle sur un premier puits méandre ou il faut faire un bon nettoyage pour descendre, ce sera pour la prochaine fois.

On continu dans la salle en évoluant de blocs en blocs jusqu’à une remontée en éboulis.

Mickey me rejoint en premier et c’est le grand vide de l’autre côté ….va falloir des cordes ,

Dom fait demi tour et ramène les kits de cordes/amarrages .(ils les aura trimbalé dans tous les sens ces kits !et c’est pas de la tarte ! juste après le Margua , il est en forme le Pimousse ! )

Nous entamons la descente: 2 options: plein vide direct ou se décaler et traverser le puits pour rejoindre en face ce qui semble être un amont de toute beauté . Je descend un peu plus bas dans une « gouttière » en bord de puits et me rend compte de la friabilité de la déco en dentelles qui cassent comme des gaufrettes; J’équipe en me décalant mais c’est pas top du tout , ça touche mais c’est sur du sain et on arrive à traverser le puits , l’autre versant semble plus fiable .

Je remonte vers l’amont et là c’est l’émerveillement , un magnifique gâteau à la broche en calcite complète le tableau de cette superbe remontée; Je stoppe au sommet et attend les copains pour qu’on fasse la suite ensemble afin de partager ce moment.

Un trou noir au fond du couloir …Dom fait chauffer l’appareil photo , Allez Mickey à toi la suite . Mickey descend , inspecte tous les recoins mais ça se ferme dans du remplissage et plus aucun CA, par contre nous admirons un très beau plancher stalagmitique dans la partie du haut et perchée, et en face, une galerie XXL qui continue, ce sera à voir aussi.

Nous revenons tous au bas de l' »amont »et je poursuis l’équipement du puits en me frayant un passage entre les lames et dentelles de calcite à coup de marteau:  beau puits dont je distingue le fond mais lors de ma descente, un becquet dangereux pour la survie de la corde et donc la mienne me condamne a remonter , Dom fait dev humaine je n’ai plus d’amarrages .

Fin de l’explo on laisse la main au suivants . Dans ce dernier puits , j’aperçois le sol qui semble donner dans un méandre; Ou ira t-il ? le mystère reste entier . Remontée a la surface galère pour moi: prise par l’effervescence de l’explo j’ai oublié de boire et de manger et rien dans le ventre depuis la chocolatine de ce matin.

Je récupère mon kit « nourriture » 100 m plus haut et me rue sur une orange et une tranche de pain avant de poursuivre la remontée …Sortie de rêve ! dehors, pluie type neige fondue, vent, brouillard s’ajoutent à la nuit …Hors sentier Mickey nous ramène pile poil au cayolar et au 4×4 …la grande classe.

Partager de tels moments avec Dom et Mickey…wouaw , ça le fait ! trop fière la moufette.

Véro

Mickey raconte à son tour :

Puisque c’était trop bon on vous fait un deuxième CR avec la topo en plus :

Après la brillante expé de la dream team d’Amalgame vendredi au Z 127, Véro, Dom Ksou et Mickey espèrent faire aussi bien à Xendako Ziloa samedi.

Rendez vous tôt le matin au Braca sous la pluie et direction Ligolette sans attendre. 3 petits kits avec perfo, topo, eau et bouffe. Il y a suffisamment de matos là où nous attend la suite : le Garde Meubles à -220, cet énorme chaos de blocs qui borde la base du P56.

Ca avance bien dans ces longs méandres coupés d’une multitude de petits puits et d’un P23 et un P56 sur la fin. Les cordes commencent à glisser sérieusement dans les descendeurs et on sait qu’au retour les crolls vont patiner.

Deux heures plus tard on peut contempler le chantier qui nous attend depuis le dernier fractio du P56 : le puits a trépané la paroi d’une vaste salle ébouleuse. Les blocs sont énormes, plus de 10 x 10, entassés les uns sur les autres. Il ne sera pas difficile d’atteindre l’éboulis, mais après il faudra trouver des passages et la suite. Il faudra surtout trouver un accès vers une grande lucarne qu’on aperçoit à 30 m du palier. Mais avant il faut aller déséquiper le réseau Est exploré pendant le camp d’août.

Ça prend du temps, mais on dispose alors de 3 kits de cordes et d’un peu de quincaillerie. Véro atteint les premiers blocs par une traversée facile à quelques mètres du fond du P56 : lucarne entre blocs, P6 et on se retrouve sous le chaos. Un passage rejoint le début du réseau Est, mais en s’enfonçant sous les blocs puis en remontant entre les blocs on parvient de l’autre côté de la salle 15 mètres sous la lucarne. Là, sous les blocs un puits de 10 m semble être le départ d’un méandre, mais le sommet est trop instable pour y descendre sans aménagements. Alors, va pour la lucarne. De loin l’accès paraissait délicat. En fait c’est une rampe, certes croulante, mais qui se passe sans problème. La lucarne, 6 m sur 10, domine un gros vide estimé à 40 m, mais au-delà on distingue une salle concrétionnée. Et si c’était ce niveau qu’on attend vers 1300 m d’altitude comme au Chipi Josetteko tout proche. Rapide calcul : on y est presque, alors c’est parti pour la salle.

Une descente de 12 m et un petit pendule nous déposent dans une vaste galerie remontante encombrée des mêmes blocs brun-rouge irréguliers comme en bas du Juini dans le Maria Dolores, mais ici ils sont plus gros et plus nombreux. Ce n’est pas du calcaire, ni du calcschiste, ni du flysch. Les plus bruns semblent ferrugineux. D’autres, rosés à grain fin font penser à des grès, voire … à des roches volcaniques. Question : d’où viennent-ils ? D’inclusions dans le calcaire lui-même ? De la surface. Si c’est de la surface il aura fallu un sacré courant pour les amener jusque-là d’autant qu’il n’y a pas de puits au-dessus. La réponse est peut être en partie dans Arsip n°17, page 26 : « le chevauchement de Sainte Engrâce, un complexe structural majeur dans les Pyrénées Occidentales ».

En haut de la galerie une nouvelle lucarne conduit dans une salle plus modeste elle aussi percée d’un puits qui donne dans un méandre étroit sans courant d’air. A revoir plus tard si… ? La salle comporte un remplissage extraordinaire de 5 m de hauteur constitué de planchers successifs et de couches de petits galets, de sable et d’argile. On a du mal à quitter les lieux tellement ce remplissage est fascinant. Un dernier coup d’œil à une nouvelle lucarne perchée à 10 m de haut à l’autre bout de la salle et direction le gros vide de la salle précédente. L’équipement est compliqué. Le calcaire est feuilleté et le puits encombré de lames. Véro et Dom parviennent à 20 m du fond et aperçoivent un départ de méandre, mais il n’y a plus d’amarrages et trop de ménage à faire. C’est quand même une belle explo avec du gros, des suites à voir et peut être une belle avancée vers le Maria Dolores.

Le retour en surface est long. Chacun son rythme avec des pauses pour des contacts à la voix. On se regroupe à la traversée du P80. Assoiffés. L’absence d’eau dans ce trou est un problème et celle qu’on amène ne suffit jamais. Reste maintenant la partie étroite jusqu’à la sortie.

Finalement, ces étroitures ébouleuses et pentues passent mieux que d’habitude. Au dernier coude avant la sortie, on n’aperçoit pas le jour. Normal, il est déjà 22 heures. Dehors, c’est pluie, vent et brouillard. On se regroupe rapidement et on ne traîne pas. Les sentiers des brebis nous guident un moment mais après il faut monter, repérer les barres rocheuses, s’enfiler dans un petit talweg, continuer à monter, suivre une autre sente, monter encore, trouver un sentier plus marqué jusqu’à un ancien enclos de pierres … tout ça avec une visibilité de 4 ou 5 m, la pluie qui cingle le visage et surtout ne pas larguer ceux qui sont derrière. Mais au-dessus de l’enclos le cayolar est là avec le Vitara garé à côté. 10 minutes plus tard on est sur la piste cahoteuse dans le véhicule embué, direction le chalet du Braca. Trempés, un peu cuits, mais heureux.

Le lendemain le carnet topo est sorti d’un sac qui ressemble davantage à un tas de boue qui commence à sécher, mais les résultats sont là : le terminus de ce nouveau réseau est à l’aplomb du Maria Dolores, mais encore 150 m au-dessus. Pas du puits Juini mais d’autres puits remontants situés dans le niveau supérieur qu’on n’avait pas été voir en janvier 2019.